Comment parler de la mort à ses enfants

Ouaip. on part sur du lourd aujourd’hui.

C’est pas ma faute, c’est l’une d’entre vous qui me l’a suggéré, et il se trouve que ce thème a trouvé de l’écho. Je le trouve intéressant, et pas vraiment abordé sur les réseaux sociaux.

Loin de moi l’idée de vous expliquer quoi dire et comment faire, je ne suis pas pédodpsy ou quoi que ce soit.

Je vais juste vous partager ma propre expérience, et ce que j’ai pu observer et constater chez moi ou les autres.

En ce qui me concerne, je n’étais sûre que d’une chose : je n’allais pas débouler en mode (c’t’expression de jeunes !) « viens, maman va t’expliquer qu’un jour tout s’arrête, je n’existerai plus, tu n’existera plus … » un jour où mes jeunes enfants seraient tranquillement en train de crayonner les murs de leur chambre. bref.

ça aurait été totalement contre productif et un tantinet traumatisant… (clairement je ne crois pas que qui que ce soit fasse ça, mais on ne sait jamais ! ).

En matière de sujet un peu épineux que l’on doit un jour aborder avec ses enfants, c’est un peu l’occasion qui fait le larron (excusez la blagues pas fine, mais j’essaye d’alléger un peu le sujet).

La façon la plus soft est souvent le dessin animé, avec les disney ou autre pixar qui mettent bien souvent les pieds dans le plats (merci Le Roi Lion, Bambi, et autre Dragons ..)

Chez nous, ça a commencé un peu plus cash…

Le premier contact avec ce sujet délicat a eu lieu un soir à la maison. J’étais en train de faire diner mes enfants, à l’époque respectivement âgés de 3 ans et 15 mois.

Le téléphone sonne. Je décroche, et mon père m’apprend que ma grand mère maternelle est décédée.

Je discute avec lui, mais de façon très neutre. J’ai été un peu surprise, mais pas plus d’émotions que ça (je ne m’étendrai pas là-dessus). Nous avons échangé quelques minutes.. Je n’ai pas prononcé les mots  » mort » ou « décès », ou quoi que ce soit s’en approchant (j’ai surtout écouté mon père en fait).

Je retourne vers les enfants qui étaient dans leurs chaises hautes. Ma fille de 3 ans me montre qu’elle …s’est fait pipi dessus. Alors qu’elle était propre depuis plusieurs mois, sans aucun accident.

Wooow !! Alors ça… Comment ne pas y voir une relation ? Elle a ressenti que quelque chose se passait, c’est certain. (D’ailleurs elle n’a jamais reproduit ce genre de choses par la suite)

Mon fils de 15 mois a de son côté continué à engloutir son yaourt. Je pense qu’il n’avait pas la maturité ou le langage pour avoir compris quelque chose de particulier.

Je me souviens que sur le moment, je n’ai pas voulu en parler à ma fille. « Trop jeune » me suis-je dit.. Je voulais la protéger, ne pas l’exposer à cette dure réalité… Je l’ai simplement changée et elle a fini son repas.

Ca remonte à un peu loin maintenant, mais je me souviens qu’elle n’a pas eu son comportement habituel les 2 jours suivants. Alors j’ai fini par lui dire. D’autant que j’allais devoir m’absenter plus de 24h pour la cérémonie alors que j’étais toujours à la maison car en congé parental.

Je ne sais plus très bien ce que je lui ai dit, mais j’ai utilisé des mots simples, comme : grand-mamie est morte, elle n’est plus là, ou quelque chose d’approchant.

Comment savoir si elle a perçu les choses de façon juste ? Comment peut-on se représenter la mort à cet âge là ?

Ce dont je me souviens c’est que son comportement est redevenu normal immédiatement après.. Il valait donc mieux dire clairement ce qui se passait plutôt que de fourrer le truc sous le tapis et faire comme si de rien n’était.

Cette disparition n’a pas impacté notre vie quotidienne car nous habitions loin de ma grand mère et la voyions très peu. On en est resté là sur le sujet.

L’étape suivante a été… un peu plus costaud, c’est le moins qu’on puisse dire. Si vous suivez mon blog depuis longtemps, vous savez que j’ai perdu ma mère.

Mes enfants avaient à cette époque presque 6 et 4 ans. Ma mère était certes atteinte d’un cancer, mais rien ne présageait qu’elle allait disparaitre du jour au lendemain, comme cela s’est passé. Je ne les avais donc pas spécialement préparé à cette fin tragique et soudaine..

Je n’ai pu que dire le jour même où je l’ai appris : mamie est morte.

Heureusement , ils n’ont pas été présents lorsque mon père m’a appelé pour m’annoncer le drame. J’étais au bureau à ce moment-là, et je pense avoir traumatisé toutes mes collègues…

Je suis partie le jour même, prenant l’avion hébétée et sous le choc, laissant mon mari avec mes enfants. Je suis revenue 3 jours plus tard, pour repartir 24h plus tard avec mon mari cette fois, pour assister aux funérailles, laissant mes enfants cette fois avec mes beaux parents.

Je me souviens de ma fille demandant à venir avec nous  » à la fête » pour mamie.. Et je me revois lui expliquer que ça ne serait vraiment pas gai, et surtout qu’elle ne pourrait pas voir ma mère.

Là aussi on a le droit de se poser la question, à partir de quel âge fait-on venir des enfants à un enterrement ? Voir le corps avant la fermeture du cercueil ? Personnellement, je n’en ai vu aucun à part celui de ma mère justement, j’était donc adulte depuis un moment… et ce fut largement suffisant, en ce qui me concerne.

J’ai décidé pour eux qu’ils étaient trop jeunes, que ça ne leur apporterait rien. Sans parler du fait que niveau logistique, il y avait 600 km d’écart entre notre maison et le lieu de la cérémonie, avec de mon côté pas mal de choses à gérer, donc je ne pouvais pas les avoir avec moi.

Sa disparition les a beaucoup affectés, il la voyait beaucoup malgré la distance, à chaque vacances. Ils étaient très liés et adoraient leur grand mère.

Finalement, en y repensant, je n’en ai pas beaucoup parlé de moi-même. Je suis restée assez terre à terre, en parlant de cycle. Que toute chose vivante sur cette terre meurt, puis d’autres prennent la place (les fleurs, les abeilles, les animaux…) et que nous aussi, nous faisons parti de ce cycle.

Je n’ai parlé d’aucune croyance, paradis ou autre chose. Je considère que c’est propre à chacun et je ne voulais pas les influencer d’une quelconque façon.

Par contre, j’ai répondu à toutes les questions. Pour ça, les enfants sont directs et ne passent pas par 4 chemins… Et sur ce terrain là, c’est mon fils qui a été le plus prolixe.

Des questions d’un enfant de 4 ans, tout ce qu’il y a de plus terre à terre :

– Mais alors quand papi va mourir, on ira plus chez lui ?

– Ca fait mal quand on meurt ?

et autres joyeusetés qui ne t’aide pas trop à te remonter le moral. J’y ai répondu de la façon la plus franche et la honnête possible, ce qui n’est pas toujours facile..

J’ai dû aussi rectifier le tir parfois, car ils croyaient qu’au cimetière ils allaient voir ma mère dans un genre de cercueil transparent. Je ne sais pas d’où leur est sortie cette idée…

Car oui, un peu plus tard (un ou deux ans après je dirais) ils sont allés au cimetière, une seule fois. Il faut dire que je n’y vais presque pas moi même. Le souvenir n’est pas le mieux cultivé à cet endroit, de mon point de vue..

j’ai dû aussi expliquer à mon fils que non, la dame de la garderie qui avait un rhume n’allait pas pour autant perdre ses cheveux et mettre une perruque..

Ma fille elle, n’en parlait pas. Mais deux mois après le décès de ma mère, un soir, au moment du coucher, elle s’est mise à pleurer à chaudes larmes en disant qu’elle voulait sa mamie. Un crève-cœur pour moi, évidemment ..

Chaque enfant vit le deuil à sa façon. Ma fille ne l’exprimait pas devant nous, et on aurait pu dire qu’elle le vivait bien, mais il ne faut pas se fier aux apparences.. Je sais qu’elle l’a ressenti durement elle aussi.

Mon fils a longtemps pensé à la mort le soir, qui lui générait des maux de ventres et des angoisses. Alors on parlait, il avait du mal à verbaliser, j’ai essayé d’être la plus patiente possible.. Il continuait ses questions et me confiait ses doutes existentiels (je ne veux pas grandir, je ne veux pas mourir, je ne veux pas que tu meurs… ).

C’est aussi un passage qu’il devait traverser, il aurait été contre productif de ne pas vouloir répondre, de ne pas le laisser sortir tout ça (toujours mieux dehors que dedans !) .

Parfois, le sujet de la mort revenait sans qu’on s’y attende. Nous avons eu des questions suite à un documentaire animalier, qui montrait la mort d’un éléphanteau.. Mais alors, les enfants aussi peuvent mourir ?? Ouppsss. hééé oui. Je sais qu’ils ont abordé le sujet avec leurs cousines, qui ont perdu une petite sœur de quelques jours avant que ne naissent mes enfants. Je ne sais pas ce qu’ils en ont dit entre eux. Je leur laisse ce jardin secret.

La dernière discussion que j’ai eu à ce propos était il y a quelques temps, avec mon fils, devenu grand (sans doute 11 ans). Je ne sais plus trop comment il m’a posé la question, mais il m’a questionné sur ce qui se passe après la mort. Et là, j’ai décidé de lui partager ma propre croyance sur ce sujet en lui explicitant de façon très claire que c’était ma croyance, et que chacun avait les siennes, et que personne au final, ne savait avec certitude..

Bref, je pense que le mieux c’est de ne pas cacher un décès, de répondre simplement à leurs questions. De ne pas, si possible, leur balancer nos croyances. Ne pas forcer la confidence. Ne pas chercher non plus, à les faire souffrir le moins possible, même si c’est que l’on voudrait dans nos cœurs de parents.. Juste être là, pour les soutenir, répondre à leur questions, et être triste avec eux, aussi. On a le droit.

Heureusement, il est loin le temps où l’on disait aux enfants que papa était parti en voyage, et qui découvraient le jour où ils savaient lire le nom de leur père sur la pierre tombale (exemple véridique dans mes proches..)

Depuis, chez nous, le sujet s’est parfois retrouvé sur le devant de la scène, avec par exemple la disparation des cochons d’inde. Maintenant qu’ils ont compris, ils apprennent à traverser un deuil… Un apprentissage de la vie, parmi tant d’autres, pour nos enfants.

Et vous, quel est votre vision de cette question ?

3 réflexions sur “Comment parler de la mort à ses enfants

  1. Un sujet délicat et essentiel.
    Très petit mon fils a posé des questions, parce que pour le coup moi je vais souvent au cimetière, c’est un endroit qui m’apaise.
    Je pense qu’il faut dire les choses, en adaptant son vocabulaire en fonction de l’âge. J’ai perdu mon grand-père a six ans, j’étais très attachée à lui et j’en ai un peu voulu à mes parents de m’avoir laissée chez une tante pour l’enterrement. Ils pensaient certainement que j’étais trop jeune.
    Plus on cache et plus c’est compliqué pour l’enfant. Je pense qu’il a besoin de mettre des mots sur les choses de la vie. Et la mort en fait partie.
    Merci pour ton partage Sophie!

    Aimé par 1 personne

    • comme quoi les perceptions sont différentes en fonction de chacun ( c’est pas comme si je le savais déjà ^^) car à 6 ans, je pense que j’aurais préféré qu’on ne m’emmène pas… mon arrière grand père est décédé quand j’avis 8 ans, et je n’y suis pas allée, et ça m’a plutôt soulagée. mon 1er enterrement était à 14 ans, mon autre arrière grand mère…

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  2. Bon et bien on a des expériences similaires (malheureusement)
    Moi aussi j’ai observé des drôles de choses, remarques, comportements…. associés à l’annonce du décès ou pendant ma première grossesse quand j’ai perdu ma mère… Je suis aussi devenu un peu ésotérique depuis ça et honnêtement certaines choses me confortent dans l’intuition d’une sorte de « connexion » invisible. Par exemple, mon fils a hurlé – littéralement hurlé – au milieu de la nuit ou ma belle mère a eu son hémorragie et on s’est rendu compte que c’était à la minute près l’heure à laquelle l’accident était survenu…
    On a pas mal hésité pour l’enterrement mais tout le monde – médecins et psy – nous avaient conseillé de les emmener, et finalement on ne regrette pas car ça a permis de rendre les choses tangibles… et je crois que ça les a aidé dans leur deuil.
    ça reste quand même compliqué et comme c’est récent je sais qu’il peut y avoir des retours arrières… pas évident en tout cas, merci d’en parler car c’est tellement tabou que quand on y est confronté on se sent vraiment démunis !

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